Les Tribulations  du soldat Emile LAUBANEY de 1914 à 1918

 

Emile LAUBANEY

 
  • Incorporé au 130ème Régiment d’Infanterie territoriale le 30 novembre 1914.Période d’instruction militaire jusqu’au 26 avril 1915, à Marmande.
 
  • Départ vers le front le 27 avril. Après 2 jours de voyage, arrive à Ancemont (entre Troyon et Verdun) et passe dans le 132ème Régiment d’Infanterie Territoriale le 8 mai 1915, dans la 11ème Compagnie et 9ème bataillon de marche : « notre rôle allait consister à parfaire notre instruction militaire, tout en aidant aux travaux de défense de la ligne de feu. Et ce nouveau régime allait durer cinq mois : jusqu’à l’époque de l’offensive de Champagne du 25 septembre 1915 »
 
  • 4 octobre 1915, pendant la bataille de Champagne, est affecté au 172ème Régiment d’Infanterie, directement en ligne de combat, au Bois-Sabot, à proximité de la butte de Souain (13ème compagnie du Capitaine Bruneau). L’offensive terminée, la compagnie est affectée à la défense et au maintien de la position, au village de Suippes jusqu’en Juin 1916, où relevée, elle est envoyée en renfort à Verdun.
 
  • Le 16 mai 1917, passe au 112ème Régiment d’Infanterie Territoriale d’où il est évacué le 29 septembre 1917 puis passé au dépôt le 23 octobre 1917, « classé service auxiliaire pour dégénérescence mentale avec déséquilibre mental aggravé par le service par la commission de réforme du Rhône central du 3 décembre 1917 »*
 
  • Mais réintégré le 30 octobre 1918, intégré au 144ème régiment d’Infanterie ** (de nouveau Régiment de combat)
 
Ce n'est que le 11 février 1919  qu'il est « Envoyé en congé illimité. 2ème échelon » et « Se retire à Paris, rue du Faubourg St Denis, N° 89 »***.
Et malgré son "état de dégénérescence mentale...", en 1920 , par 
instruction ministérielle ( N°8435 LII) il est affecté, en réserve au 9ème Régiment d’Infanterie.
 
* Note du Grand Quartier Général du 21 janvier 1917 - N° 16682-
** Décision du gouverneur militaire de Lyon - N° 2026 du 7 septembre 1918
***N° 7685 - Dépôt démobilisation 'Infanterie. Ecole militaire- Paris.

 
Ces tribulations laissent un goût amer.

Délire paranoïaque d’Emile ?
Ou acharnement d’officier(s) sadique(s) agacés par ce « soldat pensant »?
Quelle fut la réalité des choses ? 

 
Vérité difficile à établir dans la mesure où des lacunes demeurent sur son livret militaire : il n’y est pas fait état de son hospitalisation de 25 jours pour une entérite dysentériforme, vraisemblablement en juillet 1916 et qu’étrangement, le service des archives de santé de l’armée, contacté, ne trouve aucun dossier médical le concernant.

Et pourtant, le même livret militaire porte mention d’un diagnostic médical, datant de 1917, et qu’à l’issue de la guerre, il perçut une pension au titre des séquelles psychiques et physiques dues au Service.

Octroi et versement d’une pension qui fut, d’ailleurs, sujette à moult rebondissements de la part des autorités.
 Le taux d’invalidité alloué de 30%, passera à 10% à partir de 1931. Emile contestera cette décision et …
Ô surprise, le jugement du Tribunal des Pensions de la Seine du 14 janvier 1937, au vu du rapport du docteur Marchand, expert nommé par le dit tribunal, lui accordera un taux d’invalidité de 65% !

 
Morale de l’histoire :
Manifestement les autorités militaires ne lui accordèrent que peu de  compassion et  générosité au regard de son état mental et physique.

En raison de son âge, et vu sa soi-disant « dégénérescence mentale », on comprend mal qu’il fut maintenu dans des régiments de combat alors que d’autres furent tout simplement réformés.

A moins qu’il ne fut considéré  tout juste bon à devenir de la chair à canon.
 
Que la lutte qu’il eut à mener pour maintenir sa pension ait aggravé son état mental, on peut aisément l’imaginer.

Il n’en reste pas moins qu’après la lecture de ses écrits, une certaine émotion ne peut que surgir liée tant à la naïveté, la maladresse que l’idéalisme et la générosité d’Émile.

On se doit de reconnaître que le personnage sort du commun et qu’en d’autres temps, qu’en d’autres lieux, sa destinée aurait pu être tout autre.

 
On en parle même dans la presse locale : Le Républicain du 6 novembre  2014 (article de Michel PRADEAU)

art republicain laubaney

 


 

 



 
 
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