Jacques et Mirtille...ou l'énigme des Enfants

Naturels au XIXème siècle


Que n’ai-je déliré depuis la découverte, en 2003, de mes 2 aïeux, « enfants naturels », « créateurs » de la branche paternelle directe de ma généalogie !






OMBRE ET OMBREOmbres et bullesOMBRE MAUVE
Avant de commencer ces recherches généalogiques, je n’étais pas sans ignorer que mon patronyme (un prénom) « racontait » déjà une histoire d’enfant abandonné-naturel…d’un bâtard, en somme.
Très vite, il m’est apparu en plongeant dans les archives et registres d’état civil que les histoires de bâtards existaient dans quasiment toutes les familles.
Histoires qui alimentent, très généralement, tous les secrets de famille et tous les maux qui s’ensuivent
 
Ces maudits maux nés de tous les non-dits.
Si tu te tais
Les secrets se créent.
Ils s’écrient aussi.
 
Sais-tu que les secrets tuent ?
 
Il n’empêche que la découverte de ce couple « JACQUES et MARTELLE/MIRTILLE/AURORE/…», où il n’y avait pas 1 bâtard, mais 2 , fut un vrai choc.
Je fus, tout d’abord, désappointée par cette « cassure », qui m’ôtait, en principe, toute possibilité de connaître les ascendants de ces deux-là, et l’impossibilité pour moi-même, d’explorer plus loin mes origines.
Puis, je fus totalement atterrée, à la lecture des différents actes d’état civil (actes de mariage, naissances des enfants, actes de décès) qui jalonnèrent leurs vies, par :
-          d’une part, les mentions qui suivaient systématiquement leurs patronymes : « enfant naturel »
-          d’autre part, en ce qui concerne plus spécialement mon aïeule, l’approximation de son identité
Aussi, ai-je été d’autant plus résolue à en savoir le plus possible sur ces deux personnages.
Après 7 ans de recherches (documents d’archives de l’état civil, de l’hospice des enfants trouvés de Marmande, des recensements de population*…), et maints « hasards »**… de nouvelles pistes et… interrogations nouvelles surgissent.
* dans les mairies de Sainte Bazeille, Marmande, aux Archives Municipales de Marmande, aux Archives Départementales du Lot et Garonne 
**
http://serge.seguy.pagesperso-orange.fr/,
  "Les enfants trouvés à l'hospice de Marmande '1808-1811)" - Thèse de Christian DALOUEDE - Universioté de Bordeaux II - Unité d'enseignement et de recherche des sciences médicales.


histoires de vie 1

Un Jacques qui ne veut pas arrêter de « faire le Jacques » ?
J’ai cru jusqu’il y a quelques jours, que pour Jacques, le « mystère » de sa naissance (26 septembre 1819) , était résolu, dans la mesure où je connaissais l’identité de sa mère (Marie PETITEAU) et pouvais remonter la branche maternelle jusqu’au début du XVIIIème siècle à St Vivien de Monségur, en Gironde.
D’autant que l’appartenance à cette lignée des PETITEAU n’a jamais été déniée par les parents de Marie PETITEAU :
-          elle a vécu avec eux jusqu’à leurs morts, avec ses deux enfants naturels (un second Jacques, enfant naturel naquit en 1824)
-          l’attribution de ce prénom « Jacques » aux deux garçons, est la « marque » même de ce lien généalogique issu de la mémoire familiale, puisqu’il était celui du grand-père et de l’arrière grand-père.
Et cette tradition familiale fut perpétuée sur deux générations où les garçons se prénommèrent « Jacques ».
Cette étrange répétition, Jacques JACQUES, dans l’inconscient familial  a-t-elle résonnée pour souligner  la fêlure du départ  : «  je ne suis que JACQUES…mes descendants seront doublement JACQUES… et s’appelleront Jacques JACQUES ! » ?
Lors de cette première étape, non seulement j’ai compris les raisons de la répétition de ce prénom/miroir dans la famille, mais je me suis moi-même réconciliée avec mon patronyme.
 
Anne, Mirtille, Aurore…Martelle ?
Quant à mon aïeule, les choses sont beaucoup plus complexes.
Au départ en 2003, Qui est Martelle ? : celle qui porte ce nom/prénom… qui n’en est même pas un, on ne sait d’où elle vient, de qui elle vient !
Née de père inconnu, semble-t-il, enfant naturelle, elle aussi.
 C’est ainsi qu’elle apparait sur la scène bazeillaise en 1848, lors de la naissance du 1er enfant de Jacques et Martelle.
Où est-elle née ? Qui est sa mère ? Où se sont-ils mariés ? Aucune trace.
En tout cas, Jacques, né à Ste Bazeille, a rencontré Martelle quelque part, ils se sont mariés quelque part…mais ont fondé leur famille à Ste Bazeille, sont restés à Ste Bazeille.
Fait étrange, sur son acte de décès, en 1914, établit au nom de… Aurore MIRTILLE,  il apparaît…que l’on ne sait toujours rien d’elle.
Il est mentionné « née de père et de mère inconnus en un lieu inconnu »…. et pourtant, il s’agit bien d’elle !
La transformation s’effectue sur une cinquantaine d’année, au fil des actes de naissances, mariages, décès de ses enfants et décès de son époux , par des officiers d’état civil peu regardant :
-          en 1859, Lors de la naissance du 1er Jacques JACQUES, apparaît dans la marge du registre d’état civil (rajouté après coup…) « Aure »…
-           en 1868, sur l’acte de mariage de sa fille Catherine, elle devient Mirtille.,
-           en 1873, sur l’acte de décès de son mari, elle est Mirtille Aure.
-           Et finalement, en 1914,  on arrive à Aurore MIRTILLE (d’ailleurs entre MIRTILLE et MARTELLE, il n’y a que deux voyelles de différence !), sans aucune ambiguïté, car il est bien précisé, au-delà du fait que l’on ne sait rien d’elle…. qu’elle est la veuve de JACQUES enfant naturel…
Et la boucle est bouclée !!!
 
J’ai cru, un certain temps, qu’elle était à l’origine de ces transformations, ce dont je me satisfaisais pleinement.
J’étais fière de cette aïeule dont les origines restaient dans le néant, mais dont l’originalité démontrait une personnalité remarquable.
 
Et puis, en octobre 2008, au hasard de mes recherches sur d’autres branches généalogiques, en consultant le site de Serge SEGUY sur Internet, une autre réalité surgit :
 
Ombre MirtilleAure Mirtille, enfant trouvé de l’hospice de Marmande
 
A partir de là, aux Archives Municipales de Marmande, tout s’accélère : son acte de naissance (15 novembre 1827), l’acte de mariage avec Jacques, Enfant naturel (24 décembre 1847) sont trouvés.
 
Mieux : les Archives Municipales de Marmande détiennent les « registres des enfants trouvés de l’hospice de Marmande »
 
Je « sais » comment elle était vêtue quand elle a été déposée dans la « boite » de l’hospice
Je peux même toucher un morceau d’étoffe, collé au registre, accroché à son vêtement en signe distinctif.
J’apprends, surtout, qu’elle est placée le lendemain (16 novembre 1/827) en nourrice chez Jeanne SERE, épouse PECLAVE à Couthures.
Puis, le 18 novembre 1828, chez Catherine BEDAT, épouse ARTIGOLLE, à Cocumont et qu’en 1834, cette dernière la garde, gratuitement, en sa demeure.
 
Comme je l’ai déjà exprimé, ces informations m’ont rassérénée.
J’avais l’impression, quoiqu’abandonnée, qu’elle avait trouvé une « famille d’accueil », d’autant que la fille de sa nourrice de Cocumont, avait donné le prénom de « Mirtille » à sa propre fille en 1844.
 
De plus, l’étude  que j’ai entreprise sur les noms donnés aux enfants trouvés à l’Hospice de Marmande par les Sœurs de la Charité, me confirme que ces dernières ont fait preuve à son égard de beaucoup de générosité…
 
Tant qu’à être « enfant trouvé », abandonnée par ses parents, mieux vaut ne pas, dès le départ, être trop stigmatisée par un nom et prénom incongrus, morbides et/ou pitoyables.
 
Bien entendu, il restait un certain nombre d’inconnus et de questions :
-          Déjà, sur la copie du registre d’état civil des naissances de la ville de Marmande, déposé au greffe du Tribunal, il a été transcrit : Anne MIRTILLE et non AURE Mirtille
-          Comment est-on passé de Mirtille AURE à MARTELLE ? A l’écrit, cette erreur est compréhensible, mais pas oralement. Or, il semble étrange que la prononciation des témoins lors de l’établissement des différents actes d’état civil ait permis cette confusion entre MARTELLE et MIRTILLE ?
-          Comment le passage d’AURE à Aurore s’est’il opéré ?
 
 
Et tout à coup

En ce mois de novembre 2010, en consultant les registres des recensements de la population de Sainte Bazeille*, mis en ligne sur Internet, j’ai découvert, avec stupeur, qu’au quotidien et à l’époque, l’identité des mes 2 aïeux étaient encore tout autre !
 
* registres des recensements de la population, commune par commune, de 1836 à 1906,mis en ligne par les Archives Départementales du Lot et Garonne 



 
 

 

Jacques BONNEAU …
                                                                                     
  
Si j’ai pu vérifier sur toute cette époque que le noyau familial des PETITEAU/JACQUES était bien une réalité :
-          Marie PETITEAU vivait au domicile de ses parents à Saint Martin Petit puis à Sainte Bazeille, avec ses deux garçons, Jacques (mon aïeul) et Jacques (prénommé, en réalité, invariablement : Georges)
-          Elle vivait, ensuite, au domicile de son fils aîné, Jacques, mariés à Mirtille, avec son autre fils Georges, resté célibataire.
-          En 1873, à la mort de mon aïeul, son frère, Georges, reste au foyer avec Mirtille et ses enfants.
-          Jusqu’en 1906, Mirtille reste au domicile de son fils Jacques marié avec Jeanne TURPEAU et leurs enfants.
La surprise vient du fait que lors de tous ces recensements : 1841, 1846, 1851, 1856, 1861, 1866, 1872, 1876, 1881,  1891, et 1896, un patronyme est accolé à Jacques et  à Georges : BONNEAU.
 
Quant aux enfants de Jacques, hormis en 1886 ( ?), ce patronyme leur est également affecté.
Seule, sa fille cadette, Marie, épouse de François GAUVAIN en 1873, est « reconnue » avec le patronyme JACQUES, à partir du recensement de 1876.
Ce n’est qu’en 1906, qu’enfin le patronyme BONNEAU est remplacé normalement par celui de JACQUES.
 
Que signifie ce patronyme ?
Est-ce celui du père ?
J'ai cherché l'existence d'une famille BONNEAU sur Sainte BAZEILLE...néant...
Par contre, j'ai trouvé...un DE BONNEAU... sur Saint MARTIN PETIT...et ce jusqu'au recensement de 1841.
Il semblerait, effectivement, que les JOLY DE BONNEAU  possédaientt un domaine sur Saint MARTIN PETIT, au lieu-dit "Sarrazin"... domaine sur lequel étaient logés et travaillaient une autre branche de ma généalogie : les LAUBANEY*!!
*
Sur les recensements de 1841, 1846 et 1851, Marie LAUBANEY (la soeur de mon aïeul, Jean LAUBANEY) est la domestique, "ménagère", de M. De BONNEAU).
 
En tout état de cause, c’est celui qui est « pratiqué », « reconnu », avec constance, en dépit des changements de domicile et des agents de recensement.
 
Se pose, d’ailleurs, la question de la manière dont ces recensements étaient effectués : sur quelles bases, quels moyens ?
D’après certaines sources et études, il semblerait que la méthodologie demeurait plus qu’aléatoire en l’absence de pièces d’identité systématiques, de l’illettrisme des populations rurales, de la plus ou moins bonne volonté tant des administrés que des responsables communaux.
S’il est fait état, quelquefois, de copies pures et simples des recensements précédents, cette pratique peut être totalement exclue concernant les recensements à Sainte Bazeille.
En effet,
-           d’une part de 1836 à 1906, le foyer PETITEAU/BONNEAU/JACQUES a changé 8 fois de domicile.
-          D’autre part, les variations autour de l’identité de Mirtille démontrent définitivement qu’il n’y a eu en aucun cas, copie d’un recensement sur l’autre.
 

… et l’improbable identité de Mirtille
 
Pauvre Mirtille….Aurore, Justine, Martelle, Orée, Marthe…
 
Elle a droit à une multitude d’identités plus improbables les unes que les autres…..
 
Elle apparait :
-          en 1851 : Justine, enfant naturelle, femme de Jacques BONNEAU
-          En 1856 : AURE Mittille, femme de Jacques BONNEAU
-          En 1861 : Martelle Naturelle, femme de Jacques BONNEAU
-          En 1866 :ORMIRTILLE Martelle, femme de Jacques BONNEAU
-          En 1872 : ORMIRTILLE Martelle, femme de Jacques BONNEAU
-          En 1876 : MARTELLE Orée, chef de ménage avec son fils Pierre âgé de 17 ans et son beau-frère Georges BONNEAU
-          En 1881 : MARTELLE Orée, belle sœur du chef de ménage, Georges BONNEAU, et son fils Pierre BONNEAU âgé de 22 ans marié à Jeanne TURPAUD et leur fille Marie BONNEAU
-          En 1886 : MARTELLE Orée, belle sœur du chef de ménage Jacques BONNEAU et son fils JACQUES Jacques, marié avec Jeanne TURPAUD et 3 enfants Marie JACQUES, Catherine JACQUES et Jacques JACQUES.
-          En 1896 : BONNEAU Marthe mère de BONNEAU Jacques âgé de 32 ans et sa femme Jeanne TURPEAUD et leurs enfants Jeanne BONNEAU, Catherine BONNEAU, Marthe BONNEAU, Maurice BONNEAU et Marie BONNEAU
-          En 1906 : JACQUES Justine, mère de JACQUES Emile marié à Jeanne TURPEAU, quartier des Salet
 
Quant à la période de son enfance, elle n’apparait nulle part dans les registres de recensement de Cocumont entre 1836 et 1846 dans le foyer ARTIGOLLE de la nourrice…
 
Mais où était-elle ? Dans une autre famille ? Pourquoi?...ou une enfant trouvée ne "comptait-elle" pas pour la famille qui la recueillait ?
 
Pourquoi ses proches, ses voisins ignoraient-ils son identité ?
 Ne "comptait-elle" pas ..là aussi ?... Car, de fait, comme je l'ai développé par ailleurs, les "noms" donnés aux enfants trouvés les "distinguaient inévitablement dans une société, peu mobile, peu ouverte...où ne sont connus (et reconnus) que les Pierre, Jean, Joseph et Marie, Jeanne et Catherine....
 
Il ne me reste plus qu’à chanter ces vers d’ARAGON, mis en musique par Jean FERRAT
Odeur des myrtils*
Dans les grands paniers
Que demeure-t-il
De nous au grenier
 
Ou à continuer mes recherches…..et qui sait…le hasard ?!



 
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