Oui j'extrapole, je projette....

D’aucuns répondent : c’est tout simple, les enfants abandonnés, trouvés (et/ou perdus ?! Intéressant le distingo !), « on » leur donnait le nom du saint du jour. »…et, en général s’ensuit l’anecdote sur cet africain, orphelin, baptisé un 14 juillet et dénommé « FetNat » par des missionnaires du crû quelque peu rustiques…


Les plus rigoureux (hermétiques, dirai-je de façon plus tendancieuse) me regardent d’un air désabusé et légèrement méprisant: « les gens de l’époque se posaient moins de questions. Ils avaient bien d’autres soucis, plus essentiels… » (sous entendu : « ma pauvre fille, tu as bien du temps à perdre…encore une tête de linotte  qui aime se raconter des histoires.. ») 

 

Bien entendu, je sais pertinemment que le traumatisme de l’abandon, l’inconscient sont galvaudés depuis Freud, Lacan, Françoise Dolto, etc, etc, etc…et que Sœur Louise, hospitalière à l’ Hospice de Marmande en 1827, en affublant mon aïeule du prénom et nom de Aure Mirtille n’imaginait même pas un quart de seconde qu’elle inoculait un virus à cette malheureuse et à toute sa descendance depuis au moins 7 générations….

 

Et encore, cette petite bâtarde déposée, anonymement, nuitamment et subrepticement, dans la boite de l’Hospice de Marmande, un 15 novembre 1827, s’est vue attribuer une identité quelque peu originale, mais qui restait, au demeurant champêtre et plus poétique que « Poireau » ou « Carotte » (si ! si ! ces noms ont été donnés…)

 

Que dire de ces pauvres enfants perdus qui se sont retrouvés affublés de noms et prénoms tels que :  Hospice Reclus, Damade Confus, Damien Restreint, Rustique Opéré, Jean Chagrin, Pétronille Soupir, Triste Bibiane, Hilaire Souffrant , Marie Disgrâce, Trop Tard, Assez  etc, etc…

 

Un peu moins pire, mais autant surprenant et attirant l’attention les : Mamert Othin, Cérane Farsid, Magloire Paractet, Quentin Actule, Tobie Joppé, etc, etc…

 

Quant à Chrystophe Colomb et Tite Live pour les paysans, gens du peuple de l’époque l’étrangeté de leur identité devait les interpeler au même titre que celles énumérées ci-dessus…mais pouvait laisser entendre aux quelques lettrés locaux que Sœur Louise ne manquait pas de lettres…et qui sait, d’un brin d’humour !*


* Cela dit, je suis de plus en plus encline à penser que la personnalité de ces Soeurs (et surtout Soeur Louise) est importante également.
"L'enfant trouvé", en raison de son physique, d'un signe distinctif, d'un vêtement "inspirait" à la Soeur qui lui attribuait une identité un "nom" spécifique, qui renvoie, de fait, à la sensibilité même de la Soeur en question...

  

Plus prosaïquement, cette conviction affirmée et cet acharnement studieux à créer des identités étranges répondaient, assurément, à une volonté délibérée et consciencieuse de bien distinguer le bon grain de l’ivraie….

 

Dans l’idéal moral de la bonne société catholique/protestante provinciale il existe des mondes bien distincts :

-          celui de la famille respectable (qu’elle soit d’ailleurs noble, bourgeoises ou du petit peuple rural) où le père et la mère sont unis par les liens sacrés du mariage et où les enfants d’une génération à l’autre portent les prénoms raisonnables et traditionnels des parrains et marraines…(Que de Jean, Pierre, Joseph, Marie, Catherine, Anne…à l’infini….) et enfin,  où les patronymes (= nom du père) rappellent en permanence que le /les biens se transmettent de père en fils….

 

-          Celui de la famille, moins respectable, qui n’a pas eu le bonheur d’hériter de biens… et/ou les capacités de le faire fructifier… tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’être né du bon côté du manche dirions-nous à notre époque. Dans ces temps là, dans la pauvreté, la malchance, les revers de fortune…fleurait un soupçon de péché…Le doigt de Dieu, le châtiment divin… Aussi tous ces enfants abandonnés pour ne pouvoir les nourrir, les élever…quelque part étaient entachés de cette faute…

 

-          Quant à celui où les enfants naissent hors de la famille, il est totalement honni. Et là, pour le compte, ces enfants nés de mères adultérines, de femmes dévoyées et de petite vertu s’en suit…pas de quartier.

Ils seront « marqués » par une identité improbable, des noms-prénoms sortis d’on ne sait quel chapeau, quelle imagination fertile ou fantasme délirant

pour me contacter : jakapiax@orange.fr




 




 
 
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